Opéra • Claudio Monteverdi, Orfeo

Après une première incursion dans le répertoire lyrique en 2013 avec l’opéra Proserpine de Lully présentée au festival Musique et Mémoire, Les Timbres réalisent en juillet 2018 une version de chambre de l’Orfeo de Monteverdi, avec le rôle titre tenu par Marc Mauillon.

« Monteverdi se trouve à Milan, et loge chez moi ; […] Il m’a montré les vers et fait entendre la musique de la fable que Votre Altesse a fait représenter ; tant le poète que le musicien ont si bien dépeint les passions de l’âme qu’il n’est pas possible de faire mieux. La Poésie est belle dans son invention, encore plus belle dans sa disposition, excellente dans l’élocution ; mais on ne pouvait s’attendre à moins d’un bel esprit comme M. Striggio. Quant à la Musique, tout en respectant ses convenances, elle sert si bien la Poésie, qu’on ne pourrait en attendre de meilleure. » (22 août 1607, lettre de Cherubino Ferrari, Milan, au Duc Vincenzo Gonzaga, Mantoue)

L’Orfeo de Monteverdi est une « Favola in musica » (fable en musique) en un prologue et cinq actes. Le livret, d’Alessandro Striggio, s’appuie sur le mythe d’Orphée tel qu’il est raconté dans les Métamorphoses d’Ovide et sur des passages des Georgiques de Virgile. L’œuvre est créée au Palais Ducal de Mantoue le 24 février 1607.

L’œuvre connut un succès retentissant à sa création. La partition est imprimée en 1609 et rééditée en 1615 par Monteverdi lui-même à Venise, ce qui est exceptionnel. Après deux siècles de repos, la première représentation moderne fut donnée en 1904 dans une adaptation abrégée de Vincent d’Indy à la Schola Cantorum de Paris !

Drame lyrique, l’Orfeo est considéré comme l’un des premiers opéras de l’histoire de la musique (le premier serait Dafne de Jacopo Peri), à la frontière du madrigal, dont il est en quelque sorte un développement, mis en scène.

Cette version proposée par Les Timbres n’est qu’une des possibles formes qu’a pu connaître l’œuvre à l’époque par sa grande diffusion à travers l’Europe.

Note du metteur en scène

De la musique pour parler de la musique…

Il y a toujours une frustration, lors de l’élaboration d’une mise en scène d’opéra, à enfermer les musiciens d’orchestre dans la fosse, dans un ailleurs infiniment loin du plateau, une dimension autre que celle des chanteurs ; Orfeo a ceci de particulier que compte tenu de son sujet, il invite à un traitement spécifique des instrumentistes. On traite de la musique, elle y est donc un personnage à part entière, que ce soit à travers sa personnification (Prologue) ou par la présence de ceux qui la créent, chanteurs ou musiciens d’orchestre. C’est donc l’occasion rêvée de clore la fosse et d’inviter l’orchestre sur la scène pour en faire, physiquement et pas seulement de façon sonore, des personnages du drame : invités du mariage d’Orphée et Eurydice, compagnons d’infortune du marié à la mort de son épouse, comparses et alliés actifs du héros quand il s’agit de convaincre ou d’endormir Charon…

D’ailleurs, que le premier opéra reconnu comme tel (ou l’un des tout premiers, si on accorde la primauté à Peri et son Dafne) traite de la musique et d’un musicien est emblématique et invite forcément à la mise en abyme ; avec Orfeo, c’est l’acte de naissance d’une nouvelle forme musicale qui est signé, et c’est un des sens que nous avons choisi de donner à cette mise en scène. Emmanuel Ménard, metteur en scène

Distribution

Marc Mauillon, baryton Orfeo
Elodie Fonnard, soprano La Musica, Euridice
Luciana Mancini, alto La Messaggiera, Speranza, Proserpina
Paul-Antoine Bénos, contre-ténor Pastore, Ninfa
Alessandro Giangrande, ténor Apollo, Pastore, Spirito
Nicholas Scott, ténor Pastore, Spirito
Lisandro Abadie, basse Caronte, Plutone

Elise Ferrière et Kenichi Mizuuchi flûte à bec
Yoko Kawakubo et Maite Larburu violon
Myriam Rignol viole de gambe
Thibaut Roussel théorbe et guitare baroque
Vincent Bernhardt et Julien Wolfs clavecin et orgue

Emmanuel Ménard mise en scène