La Musique de Shakespeare

La musique sous le règne de la reine Elisabeth Ière

Le développement considérable de l’activité musicale sous le règne d’Elisabeth Ière (1558-1603) accompagne le grand épanouissement de la poésie dramatique et lyrique anglaise. Tout au long de cette période, la musique est en étroite relation avec la poésie.
Cette floraison artistique est largement encouragée par la Reine, qui a soutenu nombre de grands compositeurs ou d’auteurs.

Le théâtre de Shakespeare a traversé les siècles, grâce à sa force, sa poésie, et sa subtilité d’expression des vérités humaines. De même, la musique qui accompagnait l’auteur ou qui a été inspirée par son œuvre, reste empreinte d’une forme d’intemporalité, exprimant des émotions et des sentiments qui ont préoccupé les hommes de toutes les époques.

Marquant l’apogée de la Renaissance en Angleterre, ce n’est pas un hasard si le théâtre de Shakespeare reçoit le soutien d’une reine soucieuse de faire renouer la monarchie anglaise avec la bourgeoisie et le peuple anglais. Ce soutien d’Elisabeth 1ère reste cependant surprenant car c’est la première fois, dans le langage du peuple et aux yeux du peuple, que les anciennes royautés sont ainsi traînées dans la boue aux yeux de tous et avec le soutien public et ouvert de la souveraine, démontrant ainsi sa capacité à se créer une popularité inédite et crédibilisant l’idée que la nouvelle monarchie ouvrait une ère novatrice.

En 1594, Shakespeare (1564-1616) est engagé par la troupe du Lord Chamberlain, pour laquelle il va écrire exclusivement. La troupe tire son nom, comme le voulait l’époque, du mécène qui la soutient (en l’occurrence le Lord Chamberlain – ou Chambellan -, ministre responsable des divertissements royaux de la reine Elisabeth 1ère). Le Lord Chambellan reste le patron de la troupe jusqu’en 1603, année de l’accession au trône de Jacques Ier, qui devient leur nouveau patron. À cette occasion, la troupe prend le nom des King’s Men, la « troupe du roi ».

Ce programme est basé sur la musique écrite autour de l’œuvre de William Shakespeare.

À son époque, lors des représentations de ses pièces, l’accompagnement musical courant était le « broken consort » : un ensemble d’instruments de familles différentes, vents, cordes frottées, cordes pincées, etc. (souvent une flûte à bec, un dessus de violon, une basse de viole et des instruments harmoniques tels que le luth, le virginal, le clavecin, le cistre ou encore l’orgue).

Plusieurs musiciens ont composé sur les textes de William Shakespeare. Les deux principaux sont Robert Johnson (1583-1633) et Thomas Morley (1557-1602).

Appelé Robert Johnson II pour le distinguer d’un autre compositeur écossais plus ancien, il est luthiste à la cour et un des seuls compositeurs à ne laisser planer aucun doute sur sa collaboration directe avec William Shakespeare. De plus, il est réellement le seul à avoir écrit des pièces qui sont reliées directement à un spectacle théâtral joué à l’époque même. Les plus connues de ses œuvres sont celles inspirées par « La Tempête » : « Where the bee sucks » et « Full fathom five ».

Thomas Morley, quant à lui, a peut-être connu William Shakespeare, mais il a sans aucun doute composé des « songs » sur des textes de l’écrivain. La plus célèbre est « It was a lover and his lass » écrite pour la pièce “As you like it”.

Nous ne pouvons exclure de notre propos Henri Purcell (1659 ?-1695) car même si ce dernier n’est pas contemporain de William Shakespeare, il est devenu particulièrement célèbre au travers de ses compositions pour le théâtre et notamment celles inspirées par l’œuvre de l’illustre écrivain. « The fairy queen » (1692), adapté du « Songe d’une nuit d’été » et « The tempest » (1695) sont des semi-opéras, c’est-à-dire des masques de musique instrumentale et vocale qui accompagnent des pièces de théâtre.

Enfin, les autres compositeurs de ce programme sont d’éminents musiciens de l’époque, qui ont gravité dans la sphère artistique de la cour et de l’église, côtoyant de plus ou moins près le théâtre, mais dont la musique reste empreinte de cette franchise d’expression pleine de délicatesse, que ce soit dans l’enthousiasme ou la mélancolie.

Nous avons décidé dans ce programme de soulever la question existentielle suivante : qu’est-ce qu’est notre vie ?

Et nous avons choisi d’y répondre par le cycle des saisons :

– Du temps de la naissance avec le printemps, jusqu’à la vieillesse et la mort avec l’hiver, en passant par la jeunesse de l’été et l’âge mûr de l’automne.

– La boucle répétitive nous ramènera toujours aux mêmes saisons de la vie.

Programme

 

INTRODUCTION
1. Tobias HUME (1569-1645)
A Question

SPRING
2. Richard NICHOLSON (1563-1738/39), Cuckoo
3. Giles FARNABY (ca 1566-1640), For two Virginals
4. Robert JOHNSON II (v. 1583 – 1633), Where the bee sucks
5. Robert JOHNSON II, Full fathom five
6. Thomas MORLEY (1557-1602), Now is the Mounth of Maying
7. Thomas MORLEY, It was a lover and his lass
8. ANONYME, This merry pleasant Spring

SUMMER
9. Henry PURCELL (1659-1695),
Extraits de Fairy Queen (1692) inspiré par Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare (1595)
Prelude (1st Musick)
If love’s a sweet Passion (act 3)
Air (2nd Musick)
Rondeau (2nd Musick)
Dance for the green men (act 3)
Dance for the Fairies (act 3)’
Dance for the Haymakers (act 3) (1vx)
Prelude (act 5)
Monkey’s Dance (act 5)
Chaconne – Dance for Chinese Man and Woman (act 5)

***

10. William BYRD (1543?-1623), Psalms, Songs and Sonnets (London, 1611) What is Life

AUTUMN (Masque medley) :
11. John COPERARIO (1570-1626), The Nymphs’ Dance
12. Thomas LUPO (1571-1627) / Philip ROSSETER (1568-1923), Lord Hay’s Masque
13. John COPERARIO, Coperario, or Gray’s Inn, the First
14. Robert JOHNSON, The Fairy Masque & The Satyrs’ Masque
15. Thomas RAVENSCROFT (c. 1588-1635), Give us once a drink & I am a –thirst
16. after John PLAYFORD (1623-1686), Divisions on John come kiss

WINTER
17. Thomas TOMKINS (1572-1656), A Fancy for two to play
18. William WHITE (1571-ca. 1634?), Fantaisie three voices
19. John DOWLAND (1663-1526), Flow my tears
20. Edward GIBBONS (1568-circa. 1650), What strikes the clocke ?
21. Nicholas CARLSTON (1570-1630), A Verse

CONCLUSION
22. Tobias HUME, An Answer

DISTRIBUTION

Yoko Kawakubo violon
Myriam Rignol viole de gambe
Julien Wolfs clavecin & orgue

&
Ensemble Harmonia Lenis
Kenichi Mizuuchi  flûte à bec
Akemi Murakami clavecin et orgue