à 7 avec voix • Passions de l’Âme • Airs de cour de Lambert & Le Camus

Dans la ruelle d’une Précieuse

Le XVIIème siècle a, plus que tout autre auparavant, exploré les passions de l’âme. En ce domaine, un courant va particulièrement s’attacher à la passion amoureuse, traitée avec grande pudeur mais aussi la plus grande profondeur : celui de la préciosité.

À cette poésie qui se développe dans les « ruelles » des précieuses (cet espace entre le lit d’apparat où se tient la dame qui reçoit et le mur de la chambre, « ruelle » où se retrouvent les amis intimes) il fallait un écrin musical laissant les mots s’épanouir pleinement. Ce sera l’air sérieux, une mélodie accompagnée par la basse continue, où la musique est guidée pleinement par la prosodie du texte et en souligne le sens.

Deux compositeurs vont particulièrement s’illustrer dans ces airs sérieux dont l’imprimeur Ballard publiera de nombreux recueils : Michel Lambert et Sébastien Le Camus.

Véritable star, Lambert fut formé dans la maîtrise de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII. Etabli comme maître de chant à Paris en 1630, on sait qu’il fréquenta les cercles de plusieurs précieuses. En 1661, il est nommé maître de musique de la Chambre du Roi, alors qu’il dansait depuis une décennie déjà aux côtés du jeune Louis XIV et de Jean-Baptiste Lully dans les ballets de cour dont il écrivit la plupart des récits et dialogues vocaux. Jean-Baptiste Lully épousera d’ailleurs sa fille en 1662.

On connaît moins la vie de Sébastien Le Camus, né également vers 1610. D’abord au service de Gaston d’Orléans, il est en 1661 violiste et théorbiste de la Musique de la Chambre du roi. Il fut ami de Madame de Sévigné qui, disait-il, chantait bien ses airs, et a fréquenté les mêmes cercles de précieuses que Lambert.

Au moment où l’opéra triomphe et où l’air de cour mondain décline, Michel Lambert fait imprimer en 1689 un recueil d’airs d’une telle importance qu’il rappelle les éditions des opéras de Lully. Pourtant, Lambert tout comme le Camus, est le témoin d’une mondanité où la musique et le texte tissent des liens étroits sans être contraints à une efficacité requise par la représentation théâtrale. Les textes des airs de cour sont donc en général d’une simplicité qui déclenche une émotion très directe, tout en étant d’une poésie des plus subtiles.

Pour un voyage d’une telle diversité d’émotions, nous avons construit le programme en suivant les développements de la relation entre deux protagonistes, Sylvie et Tircis, ceux-ci nous menant, comme dans un petit opéra, de l’impatience amoureuse à la félicité, par un chemin croisant aussi la jalousie, le désespoir de l’abandon, et tant d’autres émotions que texte et musique feront résonner chez vous.

Les pensées, les états et les sentiments amoureux restent intemporels dans leur expression aussi bien musicale que poétique.

Avec

Elodie Fonnard soprano
Marc Mauillon baryton
Yoko Kawakubo et Maite Larburu violon
Myriam Rignol viole de gambe
Thibaut Roussel théorbe
Julien Wolfs clavecin

Programme

Airs et ritournelles de
Michel Lambert (1610-1696) et
Sébastien Le Camus (c. 1610-1677)

Mise en œuvre : concert à écouter couché

Le public est invité à apporter duvet et oreiller si le lieu accueillant le concert s’y prête : parquet au sol, tatami, possibilité d’avoir des chaises longues, des matelas, etc.Pour éprouver encore plus intimement la force de toutes ces idées, ces sentiments et ces atmosphères mises en mots et en musique par Lambert, nous avions envie de vous proposer une expérience peu explorée avec le répertoire de la musique ancienne.

Qui n’a pas rêvé d’avoir, comme Louis XIV, des musiciens attachés à sa chambre ?C’est ce rêve devenu réalité, cette « rê(v)alité » que nous voudrions partager avec vous : à la frontière entre rêves et pensées, entre inconscience et imagination, au moment où tout est possible et où chacun est le plus réceptif.

Allongez-vous, fermez les yeux… écoutez et savourez… !

Revue de presse

« Le cœur bouleversé, nous repartons tous ce soir avec l’envie d’aimer »

Michel Fielbal,
La Petite Chronique du Festival, mai 2019

MAGNIFIQUE

« La traditionnelle clé d’écoute nous annonça le « Johnny Hallyday » du 17è siècle, rien moins que ça ! Il avait pour nom Michel Lambert et avait fait chavirer à l’époque bien des cœurs avec ses « timbres » (comprenez  ses « tubes » selon l’explication éclairée de Myriam), déclinant l’Amour à l’infini dans ses airs de cour !

Dès le premier air, tout était dit ! Et tout alors prit vie dans le regard de Marc au port altier et amoureux pour le sourire infini d’Élodie, et les regards complices encore des instrumentistes émus et peut-être un peu envieux de n’être que les « témoins importuns » de ces « plaisirs » et de cette « mortelle douceur » !

Puis, le temps de magnifiques pièces en trio de Marin Marais, Yoko, Odile, Myriam, Thibaut et Julien, libérés un instant du doux devoir d’accompagnement des amoureux, retrouvaient le bonheur de jouer ensemble, « à parts égales », pour un public tout à eux !

Le cœur bouleversé, nous repartons tous ce soir avec l’envie d’aimer, le saurons-nous… en tout cas l’ensemble Les Timbres et ses merveilleux amoureux Élodie Fonnard et Marc Mauillon nous en ont dévoilé « le plus doux chemin ». »